Cette magnifique illusion

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Cette magnifique illusion

Message  FairyMadness le Mar 6 Mar - 15:22

Grosse hésitation...
J'appelle la concierge ou j’attends que quelqu'un d'autre rentre chez lui ?
C'est évident comme question. Appelle la concierge.
Mais elle va encore passer trois heures à me raconter sa vie et après une journée de boulot, j'ai juste envie de rentrer chez moi pour voir...
Tu préfères attendre trois heures avant de rentrer ? Pasqu'à 22h30 y'a plus grand monde qui rentre chez lui.
Peut-être que si je rentrais par derrière...
Oui, bien évidemment, tu passe par la porte de derrière, comme ce sera fermé tu vas faire quoi ? Enfoncer la porte ? Tu vas te retrouver dans le salon de la concierge. Et là, non seulement elle va te raconter sa vie mais tu vas te payer une amende pour violation de domicile. Alors sonne sur cette putain de sonnette !
Ok, ok.
Il avança son doigt jusqu'à l’interrupteur, s'interrompit au milieu de son geste, puis appuya.
C'est de ta faute, fallait pas oublier tes clés.
La ferme !
N'empêche que c'est quand même de ta faute.
La porte de la concierge s'ouvrit. L'imposant amas de graisse qui se tenait derrière ne laissait pas entrevoir l’intérieur de la salle. En voyant l'homme bloqué devant l'entrée, elle lui offrit son plus beau sourire avec toutes les dents qui lui restaient.
Et merde, elle a envie de parler.
Fallait pas oublier tes clés.
La ferme !
La vieille femme se dandina jusqu'au bouton, juste à coté de la porte vitré de l'entrée. Un son aigu se fit entendre lorsqu'elle appuya sur le bouton pour indiquer l'ouverture de la porte.
J'ai la flemme de lui parler...
Trop tard pour y penser : avance maintenant !
Ok...
Il s'avança et entra dans le bâtiment. Aussitôt qu'il eu posé le pied sur le territoire de la concierge, elle l'assaillit de sa voix aigu et criarde.
« Bonjour ! », fit-elle, libérant par la même occasion un nuage nauséabond invisible à l’œil nu.
Tu penses pas que l'état devrait s'en servir comme diversion en Afghanistan ? Ses talents pourraient être utilisés au maximum de leurs capacités et ça rendrait un fier service à la nation.
J'ai dis la ferme !
Depuis quand t'as de l'autorité ?
La vieille femme attendait, immobile, une réponse du jeune homme qui l'avait dérangé durant sa lecture de magazine people.
« Bonjour... », répondit-il d'une voix fatiguée, déjà lassée de la conversation. Il affichait un pauvre sourire qui se voulait reconnaissant.
« Vous avez une pauvre mine, vous me rappelez un peu mon beau-frère quand il a désherbé le jardin familial quand j'étais petite. Il sortait encore avec Cindy à cette époque. C'est surement pour ça qu'il... »
Et c'est partis...
Ça t'apprendra à oublier tes clés.
T'as rien d'autres à dire ?
Si, que t'en as pour la nuit si tu l'arrêtes pas, genre, tout de suite.
Apparemment, elle avait réussis, par un effort oral et imaginatif incroyable, à passer de son beau-frère à la politique d'extrême droite. C'est assez impressionnant.
« Bon allez, merci de m'avoir ouvert. On se revoie demain matin. Au revoir ! »
Et il partit en marchant d'un pas rapide. La concierge fut réduite au silence pendant quelques secondes. Mais, du haut du premier étage, l'homme entendit la voix criarde lui hurler un « AU REVOIR ! » qui lui transperça les oreilles.
Bon, allez, maintenant, on peut rentrer.
Tu n'aurais pas oublié tes clés par le plus grand des hasards ?
Si j'ai pas mes clés, j'ai pas pus fermer...
Mais si tu les avais pommé pendant la journée, tu aurais pus la fermer.
C'est toi qui devrais la fermer.
L'homme arriva devant sa porte. Il tourna la poignée, priant pour qu'elle soit ouverte. Elle l'était. Le soulagement se lisait dans ses traits. Arrivé chez lui, il jeta sa mallette sur le canapé à l'autre bout de l'appartement, s'engagea dans le couloir, posa par la même occasion son manteau sur le porte-manteau au milieu du couloir puis tourna à droite où un berceau l'attendait. Il regarda à l’intérieur. La petite était en train de dormir, comme à son habitude. Sa petite respiration sifflante avait des propriété relaxante pour son père. Il mourait d'envie de la réveiller mais il ne le pouvait pas. Il ne pouvait pas se permettre de prendre ce risque.
Toujours avec ta putain de poupée.
Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
Oh rien, tu t'extasies devant une poupée tout les soirs mais à part ça tout baigne.
Je suis bien comme ça.
Si t'allais voir quelqu'un, tu pourrais rencontrer une autre femme pour parler, aller au resto, discuter normalement. Tu pourrais ensuite l'épouser et avoir une vraie fille pour pouvoir t'extasier...
Je suis heureux comme ça...
Oui, tellement heureux. Il y a tellement de choses qui témoignent de ton bonheur. Comme par exemple ton bouleau. Ah ! Trier des documents pendant toute la journée ! Quel bonheur !
Il me convient...
Bien évidemment puisque tu ne croises quasiment personne. Pas comme quand tu étais caissier et que tu as cassé le bras de cette pauvre femme parce qu'elle hurlait au scandale vu qu'elle n'avait pas reçu sa réduction de 5% sur un stylo...
Elle l'avait...
Ou encore quand tu étais dans les affaires, les vraies... ah , c'était le bon temps pas vrai ? Où tu avais encore ta vraie fille...
Ne me parle pas de...
...et puis, quand tu l'as perdu et que t'affichais ta tête d'enterrement, y'avait ce collègue qui voulait absolument savoir ce qu'il y avait...
...la f...
...bon, tu me diras, tu pouvais pas savoir que sa voix allait te hanter pour le restant de ta vie après l'avoir découpé et enterré dans la forêt, mais au moins ça t'as coupé l'envie de réessayer…
C'était une exception...
Avec le flic que tu as assommé par derrière après qu'il t'ai mis une amende aussi...
Je n'étais resté que 5...
Et aussi le type qui a voulu te racketter...
Tu peux pas dire que...
Et aussi la fille de la croix rouge qui t'avais harcelé pour que tu donne 2 euros aux enfants défavorisés qui a quelques dents en moins à présent...
Je lui avais dis mille fois que j'avais pas...
Et le gosse t'avais marché sur le pied qui ne pourra maintenant plus le faire avec sa jambe droite avant un moment...
Rah ! La ferme !
Mais cela vaut le coup n'est-ce pas ? Après tout que peut valoir la souffrance de tout ces gêneurs et tes journées de supplice contre tes deux heures de contemplation malsaine...
J'ai dis...
Et puis tant que le tueur cours toujours, hors de question de tourner la page...
Exa...
Bon, heureusement que ça fait pas ça avec tout le monde parce que sinon sa femme et son gosse seraient devenu des psychopathes comme toi mais...
J'ai des problèmes...
Oui, comme tout le monde...
Tout le monde n'a pas été enchaîné à un chauffage pendant qu'un type vérifiait si la cervelle de sa femme explosait dans le micro-onde...
Oui mais...
Et si ça marchait aussi avec les bébés...
...
Parce que selon ses expériences, oui.
De toute façon, je te harcèlerais toute ta vie jusqu'à ce que tu prennes des foutus médicaments.
Absolument rien à foutre...
Il observait sa fille. Il ne pouvait pas la toucher ou le retour à la réalité risque d'être cruel. Il savait pertinemment que c'était une hallucination, mais le bonheur qu'il ressentais en la voyant était réel. Il resterait certainement comme ça toute sa vie mais peu importait. Si il avait encore cette image tout les soirs, il supporterait toutes les autres peines. Mais arrêtons de réfléchir, et contentons-nous de s'extasier devant cette magnifique illusion.

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